Le Credo catholique, ligne par ligne
Deux textes portent le nom de Credo, sans avoir ni la même longueur ni la même histoire. Ce qu'ils disent, d'où ils viennent, et pourquoi un mot a coupé la chrétienté en deux.
Par Clémence Ravoisier · 2026-09-03
Le Credo est la profession de foi que l'assemblée récite ou chante le dimanche, juste après l'homélie. Il en existe deux versions, et c'est le célébrant qui choisit, ce qui explique qu'on n'entende pas toujours le même texte d'une paroisse à l'autre.
Deux textes, pas un
Le symbole des Apôtres est le plus court. Il tient en une douzaine de lignes et se transmet dans l'Église latine depuis le haut Moyen Âge ; son nom vient d'une légende ancienne selon laquelle chacun des douze apôtres en aurait dicté un article. La légende est fausse, mais le nom est resté.
Le symbole de Nicée-Constantinople est à la fois le plus long et le plus ancien dans sa formulation, puisqu'il vient du concile de Nicée en 325 et qu'il a été complété au concile de Constantinople en 381. C'est le seul texte que catholiques, orthodoxes et une grande partie des protestants récitent en commun, à un mot près.
Ce que le texte dit, dans l'ordre
La structure est trinitaire, et le texte se lit en trois blocs. Le premier concerne Dieu le Père, créateur du ciel et de la terre, et il tient en une phrase dans les deux versions.
Le deuxième, de loin le plus long, concerne le Christ. C'est là que se concentre tout ce qui a été discuté pendant trois siècles : engendré et non pas créé, de même nature que le Père, incarné, crucifié sous Ponce Pilate, ressuscité le troisième jour. La mention de Ponce Pilate n'a rien d'une précision anecdotique, car elle ancre le récit dans une date et sous un magistrat identifiable, ce qui est exactement son rôle dans le texte.
Le troisième bloc concerne l'Esprit Saint, puis l'Église, le baptême, la résurrection des morts et la vie du monde à venir.
Le mot qui a coupé la chrétienté
Dans la version latine, l'Esprit Saint procède du Père et du Fils. Or le mot latin qui ajoute le Fils, filioque, ne figurait pas dans le texte adopté à Constantinople en 381 : il apparaît en Espagne au sixième siècle, se diffuse dans l'empire carolingien et finit par être adopté à Rome au onzième siècle.
Les Églises d'Orient n'ont jamais accepté cette addition, ni sur le fond, ni sur la méthode, puisqu'un concile avait interdit de modifier le symbole. C'est l'un des points de rupture de 1054, et il n'est toujours pas résolu. Un mot, dans un texte de trois cents mots, discuté depuis mille cinq cents ans.
Quand il est récité
On le récite le dimanche et les jours de solennité, mais il est omis les jours de semaine ordinaires. Pendant le temps pascal et pour les messes avec enfants, le symbole des Apôtres est souvent préféré, parce qu'il est plus court et plus concret. Quand il est chanté en entier, l'organiste le sent passer : le Nicée-Constantinople ne se termine pas en deux accords.
L'assemblée se tient debout pour le réciter. À la ligne qui évoque l'incarnation, l'usage prévoit une inclination de la tête, et une génuflexion le jour de Noël comme à l'Annonciation. Cet usage se perd, et cela se voit depuis n'importe quel banc, y compris celui de l'orgue, d'où l'on remarque surtout les deux ou trois têtes qui s'inclinent encore.
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